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Rabbi Yeochoua Bessis et Rabbi Haï Taieb Lo Met ont marqué l'histoire juive, tant par leur enseignement que par leurs personnalités hors du commun

Tunis : Rabbin Yeochoua Bessis et Rabbi Haï Taieb Lo Met

Ces figures marquantes et relativement atypiques, Rabbi ‘Haï Taïeb et Rabbi Yechouah Bessis ont marqué de leur empreinte, sur près d’un siècle, du milieu du 18ème siècle au milieu du 19ème siècle, le judaïsme tunisien et le monde juif dans son ensemble. Leurs écrits ont marqué la littérature rabbinique tout autant que les miracles qu’ils réalisèrent et l’exemple moral qu’ils imprimèrent sur leurs disciples.

La présence juive en Tunisie est très ancienne et remonte à l’époque du roi Salomon. Elle commence à devenir florissante à partir du 9ème siècle, avec le développement d’un centre juif dans la ville de Kairouan, qui ne se développera véritablement qu’au 11ème siècle, devenant un important carrefour de Torah pour l’ensemble du monde maghrébin, en la personne de quatre grands sages : Rabbi Berab El’hanan, Rabbi Yaacov Ibn Chahine au 10ème siècle et leurs fils à leur suite, Rabbi ‘Hananel et Nissim Gaon.

Les Juifs étaient à cette époque en relation avec d’autres foyers juifs importants, à Soura et Poumbedita en Mésopotamie, de même qu’avec les communautés juives d’Espagne. La fin du 11ème siècle marquera le déclin puis la disparition des Juifs de cette région qui se disperseront à travers toute l’Afrique du Nord. Après l’expulsion des Juifs d’Espagne au 15ème siècle, de nouveaux foyers juifs virent le jour dans d’autres pays tels que la Palestine, les Balkans et l’Afrique du Nord, dont la Tunisie.

Mais les historiens s’accordent à considérer que le judaïsme tunisien ne connaîtra de réel essor qu’à partir du 18ème siècle, avec une forte augmentation d’érudits, de rédaction de livres d’édition, de diffusion et l’émergence d’une organisation en communautés structurées. C’est dans un tel contexte que Rabbi ‘Haï Taïeb et Rabbi Yechouah Bessis vont émerger.

 

Rencontre au sommet

Le Rabbi ‘Haï Taïeb serait né à Tunis en 1760 et s’est éteint en 1837. Dès l’année 1774, il fait l’objet de l’admiration du grand ‘Hida, Rabbi Yossef ‘Haïm Azoulay, qui, en visite à Tunis, après avoir rencontré les premiers grands rabbins locaux : Rabbi Tséma’h Tsarfati, Rabbi Avraham Cohen surnommé Baba Rebbi, Rabbi Avraham Taïeb surnommé Baba Sidi, Rabbi Its’hak Lumbroso, Rabbi Messaoud Elfassi — tous mentionnés dans l’ouvrage du ‘Hida Chem Haguédolim— fut pourtant particulièrement impressionné par les qualités intellectuelles d’un jeune étudiant qui sortait du lot, le futur Rabbi ‘Haï Taïeb : « Des trois jeunes étudiants que j’ai remarqués, celui du milieu est entier, parfait » écrit-il à son sujet dans son livre de mémoires « Maagal Tov ».

Rabbi Taïeb « Lo Met » ?

Commençons par la fin. À sa mort[1] Il serait mort le 16 Iyar mais sa Hiloula, pour des raisons que l’on ignore, est célébrée le 19 Kislev, Rabbi ‘Haï Taïeb fut enterré dans le cimetière juif de Tunis, dans un premier temps dans l’ancien cimetière du centre-ville appelé « Beit Ha ‘Haïm El-Kdima » avant d’être transféré, à sa démolition, dans le nouveau appelé « Borgel » en 1956.

Mais la stèle qui y fut érigée fut de courte durée et se brisa rapidement. Pourtant, en dépit des nouvelles réparations, le phénomène se répéta à plusieurs reprises provoquant l’émoi et la stupeur dans la communauté juive de Tunis. Mais une nuit, le tailleur de pierres tombales fit un rêve.

Il y voyait Rabbi ‘Haï Taïeb en colère, s’adresser à lui avec virulence en ces termes : « Ne sais-tu pas que mon nom est ‘Haï ? Qui signifie vivant ? Je ne peux pas réellement mourir ! Rends-toi donc au cimetière et corrige au plus vite ce qui est gravé sur mon épitaphe ! ».

À son réveil, encore sous le choc de ce rêve intempestif, le tailleur de pierres ne manqua pas d’agir selon la volonté du rabbin. Il s’empressa de s’y rendre et rédigea une nouvelle épitaphe, cette fois au nom de « Rabbi ‘Haï Taïeb Lo Met ». Ainsi, la décision d’accoler l’expression « Lo met » (pas mort) est unique en son genre mais trouve la justification suivante : le fait d’avoir inscrit, de la manière la plus sèche et la plus prosaïque, que Rabbi Taieb était né et mort à telle date, au lieu d’écrire par exemple « s’est éteint » ou « a quitté ce monde », provoqua le courroux céleste, pour ce qui était perçu comme un manque de respect à l’égard du Tsadik. Cette perspective rejoint précisément les paroles du livre du Zohar selon lequel « les Justes, une fois disparus, sont appelés vivants, bien plus encore que durant leur passage terrestre ». Tout en précisant que le prénom du Juste était « ‘Haï », qui signifie « vivant » justement…

Torah de feu

Rabbi ‘Haï Taïeb fut l’auteur de nombreux ouvrages de commentaires de la Michna, de la Guemara et des décisionnaires de la Loi, mais bien malheureusement, la majorité de ses écrits fut consumée lors d’un terrible incendie. Lorsqu’il constata l’étendue du désastre, le rabbin pleura amèrement la perte d’années de labeur et d’efforts pour comprendre et rendre accessible son enseignement à ses disciples.

Seul un ouvrage intégral a survécu : Hélev ‘Hittim. À la mort du Rabbin, le Rav Yossef Elguez recueillit tous les restes des écrits saints que celui-ci avait laissés, les recopia et les édita. Le manuscrit fut confié aux héritiers de Rabbi ‘Haï Taïeb qui le conservèrent bien précieusement. Le livre fut finalement imprimé près de soixante ans plus tard…

Le Juste qui voit

L’érudition de Rabbi ‘Haï Taieb était certes impressionnante, mais son Roua’h Hakodech, cette propension à deviner et à prévoir les choses, considérée comme un degré inférieur de prophétie, était encore plus acéré. Ainsi, il arriva un jour qu’un rabbin en provenance d’Israël s’enquit de rendre visite au célèbre Rav Its’hak Taieb, son cousin et maître, afin de tester son « niveau » de Torah. C’est Rabbi ‘Haï Taïeb qui se chargea d’accueillir le visiteur à sa descente du bateau.

Il était chargé de porter ses bagages et de le conduire chez son maître, Rabbi Its’hak. Sur la route, Rabbi ‘Haï Taïeb confia soudain au Rav : « si vous comptez poser telle et telle question à mon maître, Rabbi Its’hak, sachez que les réponses sont les suivantes… »

Il fit une si forte impression sur le Rav venu d’Israël, par ses connaissances, par sa vivacité d’esprit, tout autant que par son pouvoir de vision et d’anticipation, que celui-ci décida soudain, purement et simplement, de rebrousser chemin, renonçant à sa visite. Il révéla plus tard le pourquoi de sa décision : « Si le simple porteur de ce rabbin est à ce point versé dans les textes, que sa sagesse est si marquée, qu’il lit littéralement dans mes pensées, je n’ai même pas osé me frotter à son maître » …

Rien n’est plus élevé que la Tsédaka

On sait peu de choses sur la famille de Rabbi ‘Haï Taïeb, si ce n’est qu’il eut un fils, appelé Raphaël. Ce que l’on connaît mieux en revanche, c’est sa propension à donner la charité lui-même et son souci des nécessiteux, tout autant que son habitude à inciter ses coreligionnaires à en faire de même.

Il arriva un jour qu’un Juif, qui avait l’habitude de soutenir financièrement les érudits de la ville, en vint à rencontrer des difficultés financières de telle sorte qu’il ne put continuer à les entretenir. Face à son désarroi, sa femme se proposa un jour de vendre un bijou précieux qu’elle possédait afin de pouvoir offrir un banquet aux étudiants et leur offrir un salaire décent. En allant faire les courses, ce Juif, qui avait écouté les conseils de sa sage épouse, rencontra Rabbi ‘Haï Taïeb qui lui demanda aussitôt de lui remettre l’argent qu’il tenait en mains afin de soutenir une future mariée, jeune orpheline ! Face à l’hésitation de l’homme, le rabbin lui promit qu’il n’aurait nullement à s’inquiéter.

A moitié convaincu, il lui donna néanmoins son argent en se demandant comment il ferait pour soutenir les érudits de sa ville; mais comme le saint Rabbi lui avait donné l’assurance que tout irait bien… L’homme poursuivit son chemin quand il croisa soudain la route d’un marchand non juif qui lui proposa d’acheter sa marchandise pour une modique somme. Le marchand insista jusqu’à ce que le Juif accepte « Qui sait, Rabbi ‘Haï m’a demandé de ne pas m’inquiéter… ».

Il commençait à peine à réfléchir de quelle manière il pourrait vendre sa marchandise lorsqu’une escorte royale s’arrêta brusquement devant lui et, à la vue de sa marchandise, l’un des émissaires du roi lui lança : « Ta marchandise nous intéresse, nous cherchions justement des parures et des tissus pour l’une des salles du palais royal. Sa Majesté nous a prestement envoyés pour cela ! Nous t’en donnerons un excellent prix, ne crains rien ! ». C’est ainsi que le Juif obtint une somme d’argent considérable, bien supérieure au prix d’achat. Rabbi ‘Haï Taïeb avait donné sa promesse, il avait assuré ce Juif de sa bénédiction… Il avait vu juste…

Dans notre deuxième partie , nous vous invitons à découvrir la grandeur d’un autre Sage de Tunis, Rabbi Yechouah Bessis

Références

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1 Il serait mort le 16 Iyar mais sa Hiloula, pour des raisons que l’on ignore, est célébrée le 19 Kislev

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