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En attendant Shabbat… Paracha Vayakhel : avoir un « cœur sage »

La paracha Vayakhel met l’accent sur l’importance de la « sagesse du cœur » pour atteindre la sainteté. Mais cette sagesse de cœur n’est pas que la propriété des artisans qui ont bâti le Mishkan. Tout notre travail quotidien vise en réalité à reconstruire une place pour D.ieu sur la terre et dépend finalement de cette qualité.
En attendant Shabbat... Paracha Vayakhel avoir un « cœur sage »

Le livre Chemot s’achève par deux parachiot évoquant les travaux du Mishkan (le Sanctuaire mobile qui préfigure le Temple de Jérusalem). Elles forment le miroir du récit de la création du monde : au début du livre de Béréchit, D.ieu construit une maison pour l’Homme ; à la fin du livre de Chémot, c’est l’Homme qui construit en retour une maison pour D.ieu[1]Pour approfondir cette symétrie, voir le magnifique commentaire du Rav Jonathan Sacks https://rabbisacks.org/covenant-conversation/vayakhel/making-space/

La première de ces deux parachiot Vayakhel se distingue par la récurrence du mot lev (לב) – cœur en hébreu. Ce mot apparaît en tout 14 fois dans la paracha. Le chiffre 7 (ainsi que ses multiples) représentent l’apparition de la sainteté dans le règne de la nature, ce qui est la signification même du Shabbat (septième jour), au niveau du temps, et du Mishkan, au niveau de l’espace. Cette récurrence indique donc l’importance de ce mot dans le contexte de notre paracha.

Le mot lev apparaît tout seul une seule fois (« D.ieu a mis dans le cœur de Betsalel et de Oholiab l’amour de l’enseignement », verset 35, 34), et 13 fois à travers les trois associations de mots suivantes : 

  • Nadiv lev (3 occurrences) : ceux qui sont portés par la « générosité » du cœur (la notion de Nedavah a été rencontrée déjà dans la paracha Terouma), et qui vont apporter des donations de façon totalement désintéressée et spontanée pour la construction du Mishkan
  • Nisa lev (3 occurrences) : ceux qui sont littéralement « élevés » par leur cœur dans les travaux ou les offrandes qu’ils accomplissent 
  • Chacham lev (7 occurrences, une nouvelle indication relative à la sainteté de ce concept) : ceux qui, du fait de leur cœur « sage » (la chochma se réfère à la sagesse), vont être habilités à réaliser les travaux du Mishkan

L’expression « cœur sage » peut surprendre, car la pensée occidentale moderne oppose souvent la « sagesse », qui serait l’émanation du cerveau, aux « émotions », dont le siège serait le cœur. L’expression « chacham lev » abroge complètement cette distinction, se référant, comme certaines philosophies grecques antiques ainsi que la plupart des voies initiatiques d’Extrême-Orient, à une sagesse inhérente au cœur. On peut être surpris également par l’idée selon laquelle la sélection des artisans préposés à la réalisation du Mishkan ne repose pas sur leur « compétence » ou sur leur « expérience », comme se déroulerait normalement un processus de recrutement dans le monde contemporain, mais sur leur sagesse de cœur. 

La paracha nous livre ici deux enseignements essentiels. 

Tout d’abord, la véritable sagesse réside, non dans le pur savoir intellectuel, mais dans une subtile mise en cohérence du cœur et de la conscience au service du Bien. « Les pensées négatives encombrent le cœur », nous enseigne Rabbi Nahman de Breslav dans le Likutei Moharan I: 49:1. De même, un « mouvement du cœur » qui n’est pas encadré par une conscience claire de ce qu’est le Bien n’est qu’une manifestation de l’ego. Les états de l’être où cœur et conscience se déconnectent participent donc au désordre (Tohou) du monde. Pour toujours « agir en homme de pensée et penser en homme d’action » (selon les mots d’Henri Bergson), nous plaçons tous les matins les tefillins en même temps sur notre front (siège des pensées), contre notre cœur et autour de notre bras (représentant l’action). Au cours des vingt dernières années, de nombreuses recherches ont d’ailleurs commencé à mesurer la « cohérence cardiaque », montrant à quel point cette cohérence est essentielle à une réflexion claire ainsi qu’à notre bien-être émotionnel et physique[2]Voir https://www.heartmath.com/blog/health-and-wellness/the-power-of-heart-coherence-in-mental-health/

Le deuxième enseignement de la paracha est que la sainteté d’une action ou d’un objet réside non dans le résultat obtenu, aussi parfait soit-il, mais dans l’intention de celui qui l’exécute. Par exemple, nos maîtres ont décidé (voir Gittin 45b) qu’un sefer Torah écrit par une personne qui n’est pas habité par l’amour de D.ieu, n’a aucun caractère saint et doit être brûlé. Betsalel (mot qui signifie littéralement « à l’ombre de D.ieu »), le jeune artisan qui a été choisi pour diriger les travaux d’exécution des Mishkan, ne disposait pas de « compétence » ni d’expérience préalables particulières pour réaliser ces travaux. Ce qui le distinguait, c’était uniquement la sagesse de son cœur, qui le rendait capable d’investir toutes ses pensées et son énergie au service de la sainteté et du Bien. C’est par la pureté de ses intentions qu’il participait à la réparation (Tikoun) du monde, dont le Temple est le parachèvement. 

Mais, depuis que D.ieu s’est en apparence retiré le sixième jour de la Création pour laisser l’Homme compléter son œuvre, tout travail réalisé par l’Homme doit en réalité être envisagé de façon similaire à celui de Betsalel. La paracha, avant de décrire les travaux d’exécution du Mishkan, commence en effet par nous rappeler le commandement de cesser tout travail le jour du chabbat, y compris les travaux relatifs à la construction du Mishkan. Elle nous montre ainsi l’unité entre le travail relatif à la construction du Temple et les autres formes de travaux que réalise l’Homme sur la Terre – l’hébreu utilisant d’ailleurs le même mot avodah pour désigner le travail en général et le service du temple en particulier. 

Nous voyons donc que l’essence de tout notre travail est de réparer et sanctifier le monde, et participer ainsi à la construction d’une place pour D.ieu dans ce monde. Ainsi, tout homme qui comprend le sens de son travail sur terre doit aspirer à avoir le « cœur sage » de Betsalel

Le Roi Salomon, le premier bâtisseur du Temple de Jérusalem, l’avait bien compris… A l’âge de 17 ans, il fait un rêve[3] Premier Livre des Rois, Chapitre 3 , dans lequel Dieu lui dit : Demande ce que tu veux que je te donne. Salomon réplique : Donne-moi un « cœur sage et intelligent » pour juger ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait juger ce peuple considérable ? Ce discours plait à l’Eternel, qui répond : Parce que tu m’as fait cette demande, et que tu n’as point demandé une longue vie, et parce que tu n’as point demandé la richesse, et parce que tu n’as point demandé la mort de tes ennemis, mais que tu as demandé de l’intelligence pour comprendre la justice, voici : J’ai fait selon tes paroles ; voici : Je t’ai donné un cœur sage et intelligent, tellement qu’il n’y en a pas eu comme toi avant, et qu’après il n’y en aura point comme toi. Et je t’ai même donné ce que tu ne m’as pas demandé, même la richesse, même la gloire, de manière que nul ne sera comme toi parmi les rois tout au long de ta vie. Et si tu marches dans mes voies pour garder mes statuts et mes préceptes, comme a marché David ton père, je prolongerai tes jours.

Puisse D.ieu nous donner un cœur sage pour avoir le mérite de lui bâtir à nouveau une maison sur la terre !

Références

Références
1Pour approfondir cette symétrie, voir le magnifique commentaire du Rav Jonathan Sacks https://rabbisacks.org/covenant-conversation/vayakhel/making-space/
2Voir https://www.heartmath.com/blog/health-and-wellness/the-power-of-heart-coherence-in-mental-health/
3 Premier Livre des Rois, Chapitre 3 

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