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En attendant Shabbat… Paracha Tétsavé : élever son élève

La paracha Tetsave nous invite à méditer sur le lien très particulier des enfants d’Israël à la Loi de la Torah. La façon dont procède Moshe pour élever ses élèves pourrait nous inspirer pour résoudre les fractures actuelles du peuple juif.
En attendant Shabbat... Paracha tetsave, élever son élève

Dans la paracha Tétsavé, Moshé est chargé d’organiser la préparation de l’huile pour alimenter la flamme perpétuelle de la Ménorah ornant le Mishkan.

Comme dans la paracha de la semaine dernière, Térouma, le premier verset de la paracha ainsi que son titre contiennent de riches enseignements :

Véatah Tétsavéh èt Béney Israël — Et quant à toi, tu ordonneras les enfants d’Israël

veyik’hou éley’ha shémèn zayit za’h — et ils apporteront vers toi de l’huile d’olive pure

katit — broyée

lamaor  pour le luminaire

léha’alot nèr tamid — pour faire monter une lumière perpétuelle…

Dans la plupart des traductions de la Torah en français, le début de ce verset est traduit de la manière suivante : « Et quant à toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël de t’apporter de l’huile d’olive pure […] »

Mais, comme expliqué par le Rav Léon Askenazi, cette traduction n’est pas fidèle à l’esprit du texte. En effet, s’il s’était agi d’un ordre, on aurait trouvé l’expression : « Véatah Tétsavéh el [ou encore « al »] Béney Israël laka’hat éley’ha […]. »

Le verbe létsavot suivi de את — « èt » — renvoie à une tout autre relation entre Moshé et les enfants d’Israël : celle de la transmission. Moshé doit « ordonner » les enfants d’Israël — dans le sens de les élever —, de sorte que ceux-ci apportent volontairement de l’huile d’olive.

Cette nuance est fondamentale car elle fait référence à deux conceptions opposées du rapport de l’homme à la loi. Dans la conception grecque et contemporaine, la morale est considérée comme extérieure à l’homme et tente — souvent sans succès — de lui être imposée malgré ses inclinations intérieures opposées — Kant parle dans ce cas « d’hétéronomie de la loi morale ».

Au contraire, dans la tradition hébraïque, la loi n’est pas imposée de l’extérieur, mais redécouverte à partir d’une connaissance déjà transmise au préalable. Un texte midrashique du Talmud (Nida 30b) raconte que toute la Torah est enseignée au fœtus dans le ventre de sa mère, mais que, juste après sa naissance, un ange vient et le frappe sur la bouche de sorte qu’il oublie tout. L’enjeu est ainsi pour chaque enfant d’Israël de réapprendre, au cours de sa vie, à dévoiler cette Torah ancrée dans son subconscient et à désirer dans son cœur ce que veut la Loi.

Cette sainteté naturelle de l’Hébreu provient de sa filiation avec les patriarches Avraham, Yitshak et Yaakov, ainsi qu’avec les matriarches Sarah, Rivka, Léa et Rahel, qui vivaient déjà intérieurement la Torah — mot dont l’étymologie est la même que celle de Moré, מורה, « l’enseignant » — et pratiquaient naturellement les mitsvot — mot dérivé de Tétsavé, souvent traduit par « commandement », mais dont le sens authentique se rapproche davantage d’une « élévation » — sans même avoir eu besoin de recevoir formellement la Loi. C’est cette filiation et non la connaissance de la Torah ou l’application des mitsvot qui définit le peuple d’Israël : pour cette raison, les Hébreux s’appellent les « enfants d’Israël » — le nom de Yaakov après son combat avec l’ange d’Essav ; un converti est désigné comme « fils d’Avraham » ; et notre D.ieu n’est jamais appelé le « D.ieu de Moshé », mais « D.ieu de Avraham, Yitzhak et Yaakov ».

Cette notion de sainteté naturelle explique aussi pourquoi, parmi « les quatre espèces » dans la fête de Soukkot — « loulav », cœur du palmier, « étrog », cédrat, « hadass », myrte, et « aravah », saule —, c’est avec la aravah, le saule, celle n’ayant ni goût ni odeur et représentant cette quatrième partie d’Israël qui n’a ni la pratique des mitsvot ni la connaissance de la Torah, que le Temple était honoré. Elle permet également de comprendre pourquoi c’est à Israël, et à lui seulement, que la Torah est adressée — « Parle aux enfants d’Israël » est un verset refrain dans toute la Torah : D.ieu a adressé la Torah au peuple d’Israël car Israël, par sa filiation, est le peuple qui possédait déjà en lui la Torah ! Comme dans le premier verset de la paracha Térouma — commenté la semaine dernière —, Moshé ne donne pas d’ordres, il élève ses élèves dans le but de réveiller en eux l’identité hébraïque brisée par les 210 années d’exil en Égypte : chaque enseignement de Torah, chaque mise en acte des mitsvot est un peu comme le re-dévoilement de notre ADN oublié.

Ainsi comprend-on mieux la fin du verset « pour faire monter une lumière perpétuelle », que Rachi commente de façon lapidaire : « On allumait jusqu’à ce que la flamme monte d’elle-même. » Comme Moshé, dont le nom n’apparaît pas dans cette paracha — ni d’ailleurs dans toute la Haggadah de Pessah relatant pourtant la sortie d’Égypte ! —, le Rav (maître) a pour seule fonction de dévoiler la sainteté naturelle résidant en son élève jusqu’à ce que cette flamme « monte d’elle-même », lui permettant de rallumer à son tour cette flamme chez les autres. Aucun culte n’est donc voué au Rav dans notre tradition. Moshé est simplement appelé « Moshé Rabbénou » — notre maître. Il est né et mort le 7 de notre mois d’Adar, à l’âge de 120 ans exactement, sans laisser de sépulture, sans devenir le chef de guerre d’Israël de retour sur sa terre promise et sans avoir jamais aspiré à un autre rôle que celui de restaurer le lien du peuple hébreu avec le D.ieu des patriarches : Moshé — משה —, lu à l’envers, devient השם, littéralement « le nom », mot par lequel nous nous référons au divin dans notre langue humaine.

Dans un récent entretien dans le Times of Israël à propos de son livre coécrit avec Antoine Mercier, le Rav Raphaël Sadin[1]https://fr.timesofisrael.com/lantisemitisme-explique-a-partir-des-textes-fondateurs-du-judaisme/, évoquant les fractures internes de la société israélienne, explique que « Nous sommes en quelque sorte pris au piège de notre propre histoire. La solution est, d’après moi, dans une exigence d’élévation perpétuelle de la beauté de la Torah pour permettre une adhésion par la liberté et non pas par la contrainte. » Quand la figure de l’ennemi ne sera plus suffisante pour dépasser nos divisions, l’exemple de Moshé dans la paracha Tétsavé pourra nous inspirer pour réaliser cette « élévation ».

Références

Références
1https://fr.timesofisrael.com/lantisemitisme-explique-a-partir-des-textes-fondateurs-du-judaisme/

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