fbpx
Yedia, partager le savoir
Rechercher
Les plus populaires

Podcast : 49

Podcast : la traversée

Ces Justes qui se sont levés pour Israël : Le Dr Adélaïde Hautval : ni juive, ni résistante, tout simplement humaine

Françoise Giroud, toute sa vie loin du judaïsme

La psychologie juive : carrefour entre spiritualité et psyché

Haïm Yossef David Azoulay — le ’HIDA (1724-1806) — 300e anniversaire

Laissez-nous grandir en paix !

« Notre seule arme, c’est de rester en vie » – Livre : La sage-femme d’Auschwitz

Yom Haatsmaout : Comment se réjouir lorsque tout un peuple souffre ?

La Shoah : Comment l’enseigner aux enfants

Partager

Neuroplasticité et Torah : quand la science moderne rencontre les textes anciens.

La neuroplasticité se réfère à l’aptitude remarquable du cerveau à évoluer et à se réorganiser en réponse à des situations inédites. Bien que le mot « plasticité » évoque l’idée d’une substance malléable, il souligne en réalité la faculté transformative du cerveau.
Neuroplasticité et Torah

Cette notion, en apparence élémentaire, est l’une des avancées majeures de ces trente dernières années en neuroscience.[1]Soft-Wired: How the New Science of Brain Plasticity Can Change Your Life, Dr. Michael Merzenich & The woman who changed her brain, Barbara Arrowsmith-Young Elle nous révèle que nos connexions neuronales ne sont pas statiques ; elles se forment, se réinventent et se dissipent dynamiquement en fonction de nos vécus.

Parallèlement, la Torah abonde en histoires et en enseignements mettant en lumière cette aptitude à la métamorphose et à l’évolution que l’on pourrait interpréter comme les échos ancestraux de la neuroplasticité.

Prenons l’exemple de la téchouva,[2]Hilchot Teshuva, Le Rambam ce désir profond d’une personne de rectifier ses actes après une erreur. Ce concept, central dans la pensée juive, incarne l’idée de repentance, de retour et de renouvellement. Elle n’est pas simplement une action réactive face à une erreur ou un péché, mais plutôt une profonde introspection et une transformation de l’âme.

Si l’on regarde la téchouva à travers le prisme de la neuroplasticité, elle peut être vue comme une forme de réorganisation mentale et spirituelle. Tout comme le cerveau peut créer de nouvelles connexions et évoluer, l’âme a également la capacité de se transformer. En faisant téchouva, l’individu engage une forme de « recâblage » spirituel, créant une version renouvelée de lui-même. C’est une invitation à être constamment vigilant, à s’auto-examiner et à chercher des moyens de croissance personnelle et spirituelle. La téchouva est une manifestation puissante de la capacité humaine à la transformation et au renouvellement. Elle témoigne de la croyance profonde en la capacité de l’homme à transcender ses erreurs, à se réinventer et à s’approcher constamment de sa meilleure version. Elle est un rappel que peu importe où nous sommes sur notre chemin spirituel, il est toujours possible de revenir, de se reconnecter et de se renouveler. Elle évoque une plasticité comportementale, une agilité et une capacité de redéfinition de notre nature, voire de notre structure mentale.

Dans le Zohar, pilier de la Kabbale, la transformation individuelle est primordiale. Il y est décrit comment les « mérites » ou « vertus » — attributs positifs ou spirituels — peuvent être « inscrits » dans l’essence d’un individu. Bien que le discours soit axé sur l’âme plutôt que le cerveau, il émane clairement une idée de plasticité — la capacité intrinsèque à évoluer au gré des années.

Le Chabbat, quant à lui, est perçu comme un temps de métamorphose. Durant le Chabbat, il est dit que les Juifs accueillent une « âme additionnelle » ou « néshama yétéra »[3] « Lhomme reçoit une âme supplémentaire le vendredi soir et on la lui enlève le soir du Shabbat… », Rabbi Shimon ben Lakish. Ce précepte peut être vu comme un symbole d’une phase de reconfiguration mentale et affective.

Dans la Hassidout, qui valorise la joie, l’amour et la proximité avec D.ieu, on trouve des échos puissants des principes de la neuroplasticité. Le Baal Shem Tov, fondateur du Hassidisme, avec sa sagesse profonde, a évoqué que chaque expérience de la vie, y compris celles qui nous mettent à l’épreuve, peut être un vecteur de rapprochement avec le Divin. Cette pensée est intrinsèquement liée à l’idée que nous avons la capacité de nous métamorphoser et d’évoluer continuellement, notamment face à nos obstacles et défis.

La Hassidout nous présente deux concepts essentiels : « hissarutah de’letata » et « hissarutah de’le’ela »[4]Tanya, Igeret HaKodesh, Rabbi Schneur Zalman de Liadi. Le premier fait allusion à une initiative personnelle, un éveil venant de notre propre volonté, où l’individu choisit activement le chemin du changement. Cela peut être comparé à l’effort délibéré que requiert la plasticité cérébrale pour renouveler les connexions neuronales. À l’opposé, « hissarutah de’le’ela » se réfère à un éveil d’origine divine, une transformation inspirée ou engendrée par une intervention supérieure. C’est similaire aux modifications cérébrales déclenchées par des expériences externes ou des stimuli qui viennent à nous sans un effort conscient de notre part.

Cette harmonie entre la Hassidout et la science est fascinante. Tandis que la première utilise le langage de la foi pour décrire le voyage spirituel, la seconde emploie le langage de la recherche pour évoquer les transformations physiques du cerveau. Les deux, cependant, convergent vers une vérité universelle : l’homme est doté d’une formidable capacité de changement, qu’elle soit initiée de l’intérieur ou influencée de l’extérieur. Dans cette perspective, chaque expérience, chaque stimulus, qu’il soit d’origine divine ou terrestre, nous offre une opportunité de croissance, de transformation et d’élévation.

Plongeons-nous enfin dans les enseignements de Rabbi Nahman de Breslev, figure emblématique du hassidisme en abordant le concept de « hitbodédout »[5]Likoutey Moharan, Partie II, Torah 25, Rabbi Nahman de Breslev, cette forme de méditation ou de prière personnelle, ce dialogue intime avec D.ieu, généralement pratiqué dans la solitude de la nature. D’un point de vue neuroscientifique, la méditation a été démontrée comme favorisant la neuroplasticité. Ainsi, la « hitbodédout » peut être vue comme une pratique qui non seulement renforce la connexion spirituelle, mais aussi qui modifie activement le cerveau.

« Si tu crois que tu peux détruire, crois que tu peux réparer »[6]Likoutey Moharan, Partie I, Torah 112, Rabbi Nahman de Breslev, ce célèbre adage de Rabbi Nahman souligne l’importance de la transformation et du changement. Il évoque une forme profonde de neuroplasticité, suggérant que quel que soit le dommage ou le trauma, il y a toujours un potentiel pour le renouveau et la guérison. C’est un message d’espoir qui résonne tant dans le domaine spirituel qu’en neurosciences : notre capacité à changer, à guérir et à grandir ne cesse jamais. Rabbi Nahman a également introduit une approche rafraîchissante et profonde de la spiritualité avec son enseignement « Azamra »[7]Likoutey Moharan, Partie I, Torah 282, Rabbi Nahman de Breslev, qui signifie « Je chanterai ». Au cœur de cette notion se trouve l’impératif de toujours chercher et reconnaître le bien, même

lorsqu’il semble infime ou caché. « Azamra » est un chant d’espoir, un hymne à la capacité de voir la lumière dans les ténèbres, d’exalter les qualités positives même dans les situations où les individus semblent dénués de vertu.

Ce focus sur le positif trouve un écho dans notre compréhension moderne du cerveau et de ses mécanismes. Les neurosciences démontrent que notre cerveau a une capacité remarquable à renforcer les circuits neuronaux auxquels nous prêtons attention. En nous concentrant consciemment sur des stimuli positifs et en cultivant des perspectives optimistes, nous encourageons la croissance et le renforcement des connexions neuronales associées au bien-être, à la résilience et à la positivité. De la même manière que Rabbi Nahman nous encourage à « chanter » et à célébrer les étincelles de bien, notre cerveau, lorsqu’il est dirigé de manière constructive, « chante » en créant des chemins neuronaux qui favorisent la santé mentale et émotionnelle. Cette interprétation moderne du concept d’Azamra se marie harmonieusement avec la dialectique ancestrale du Yétser Hara et du Yétser Hatov évoquée précédemment. Ces penchants ne sont pas statiques ; ils sont influencés par nos choix, nos expériences et notre environnement. L’enseignement d’Azamra nous rappelle la puissance de la perspective et de la focalisation:  en choisissant de voir et de cultiver le bien, nous pouvons influencer le combat entre ces inclinations, dirigeant notre âme et notre esprit vers la lumière.

À travers nos explorations de la Torah, des enseignements de la tradition juive et des découvertes modernes en neurosciences, un thème omniprésent émerge : l’interconnexion entre notre essence spirituelle et nos mécanismes cérébraux. Ces deux domaines, bien que semblant à première vue distincts, convergent étonnamment pour nous offrir une perspective complète sur la nature humaine, une sagesse éternelle sur le combat intérieur, le potentiel de transformation et l’importance de chercher constamment le bien. Parallèlement, la neuroplasticité et les études contemporaines sur le cerveau mettent en lumière la remarquable adaptabilité de notre système nerveux, soulignant notre capacité à évoluer, apprendre, et se transformer en fonction de nos expériences.

La symbiose entre ces deux approches nous rappelle que, en tant qu’êtres humains, nous sommes à la fois des créatures spirituelles et biologiques. Notre quête de sens, d’éthique et de connexion est profondément ancrée dans notre constitution neurologique. Ainsi, les enseignements anciens ne sont pas de simples métaphores ou de lointains idéaux, mais peuvent être considérés comme des guides pragmatiques pour naviguer dans les complexités de notre propre neurologie.

Il ressort en conclusion de ces réflexions que l’humanité bénéficie grandement de la fusion entre la sagesse ancienne et la recherche moderne. Ensemble, elles nous offrent une carte précieuse pour comprendre notre potentiel, nos défis et la voie vers une existence plus équilibrée et enrichissante.

Références

Références
1Soft-Wired: How the New Science of Brain Plasticity Can Change Your Life, Dr. Michael Merzenich & The woman who changed her brain, Barbara Arrowsmith-Young
2Hilchot Teshuva, Le Rambam
3 « Lhomme reçoit une âme supplémentaire le vendredi soir et on la lui enlève le soir du Shabbat… », Rabbi Shimon ben Lakish
4Tanya, Igeret HaKodesh, Rabbi Schneur Zalman de Liadi
5Likoutey Moharan, Partie II, Torah 25, Rabbi Nahman de Breslev
6Likoutey Moharan, Partie I, Torah 112, Rabbi Nahman de Breslev
7Likoutey Moharan, Partie I, Torah 282, Rabbi Nahman de Breslev

Partager

A découvrir également sur Yedia

Whatsapp Yedia

Ne manquez plus aucun contenu sur Yedia en rejoignant notre groupe Whatsapp. Une diffusion quotidienne.

Newsletter Yedia

Vous souhaitez recevoir la newsletter mensuelle de Yedia avec l’ensemble des articles, podcasts, et vidéos du site. Inscrivez-vous ici sans plus attendre.

Facebook Yedia

Ne manquez plus aucun contenu sur Yedia en rejoignant notre communauté Instagram.

Youtube Yedia

Ne manquez plus aucun contenu sur Yedia en rejoignant notre groupe Whatsapp. Une diffusion quotidienne.

Spotify Yedia

Retrouvez tous nos podcasts sur Spotify.  Il suffit de vous abonner à notre chaîne pour les écouter directement.

Yedia est un média dédié au Judaïsme, à sa culture, son patrimoine, et à son identité. Grâce aux contributions de ses auteurs et producteurs de contenus, issus de tous horizons, il se veut le témoin de sa richesse, et de sa diversité.

Art et culture, langue et écriture, société, histoire, sciences, lifestyle, judaïsme, sont les thématiques qui traversent Yedia.
Articles, podcasts, vidéos, sont disponibles sur la plateforme et permettent à tous à tout moment de pouvoir accéder au contenu.
Enfin Yedia se veut ancré dans l’époque dont il est issu, voire même dans le futur. Une partie des contenus sont consultables dans un metaverse accessible depuis le site Yedia.
Dans un monde dans lequel le savoir se dilue plus rapidement que l’ignorance, nous pensons que la connaissance est faite pour être partagée…au plus grand nombre, à tous, sans distinction.

Partager sans distinguer, et distinguer la connaissance de la croyance, afin de la faire comprendre, simplement et au plus grand nombre.
Sans partage, il n’y a pas de lumière.


Et ce qui n’est pas éclairé, reste dans l’obscurité.

Newsletter

Abonnez vous à la Newsletter de Yedia

Il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Sans partage, il n’y a pas de lumière.
Et ce qui n’est pas éclairé, reste dans l’obscurité.