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Judaïsme et écologie – La Terre : travaille-la, mais protège-la…

Depuis 2000 ans, la Torah et ses Sages nous incitent non seulement à ne pas gaspiller mais à protéger et respecter la planète.
Judaïsme et écologie : La Terre : travaille-la, mais protège-la…

Judaïsme et écologie : La Terre : travaille-la, mais protège-la…


L’humanité semble désespérément attendre un nouveau miracle de Hanouka. Un nouveau prodige, où la petite fiole d’huile censée suffire pour un seul jour apporterait chaleur et lumière pour au moins huit jours, voire plus.

L’ONG américaine Global Footprint Network calcule chaque année la date à laquelle nous avons consommé les ressources que la planète est capable de produire en un an, pour régénérer ces consommations et absorber les déchets produits.

Dans les années 70, le « Jour du dépassement » se situait fin décembre.

Il est malheureusement évalué aujourd’hui au 28 Juillet. Cette date passée, nous vivons dans le rouge en puisant de manière irréversible dans nos réserves non renouvelables et en accumulant les déchets.

Le constat chez les pays riches et fortement industrialisés est encore plus inquiétant.

En France, le jour du dépassement était en mai 2022, voire en mars pour les USA ou en février pour le Qatar !

Pour schématiser, en vivant comme des Français, l’humanité aurait besoin de trois globes terrestres, et de six en vivant comme des Américains.

Il nous faudrait donc un prodigieux miracle de Hanouka pour permettre à la petite fiole bleue de notre planète de fournir des ressources huit fois supérieures !

Léger problème : un Hanouka géostratégique n’est à priori pas prévu dans l’histoire humaine.

L’humanité prend, heureusement, de plus en plus au sérieux les questions de développement durable, de réchauffement climatique et de surexploitation des ressources naturelles.

En partant du principe que notre Torah est un message de vie, il est particulièrement intéressant de décrypter la vision qu’elle propose du rapport entre l’homme et la planète.

Cette approche devient surprenante, surtout lorsque l’on pense que nous traitons ici de problématiques modernes, totalement inconnues il y a 3 000 ans.

Vu la complexité et la modernité de la question, une réponse purement légaliste ou halakhique s’avérera insuffisante.

Nous devrons donc plonger dans les profondeurs des concepts, qui se cachent toujours derrière la loi stricto sensu.

La première rencontre entre l’homme et la nature a lieu dans le Jardin d’Eden, et voici les directives que nous avons reçues :

« Lorsque D’… créa l’homme, il lui fit faire le tour de tous les arbres du jardin et lui dit : “Vois combien mes créatures sont belles et abouties, tout ce qui a été créé, l’a été pour toi.

Prends soin de ne pas détruire mon monde, car personne ne le réparera derrière toi.” » (Midrach Kohelet Rabba 7). 

La première surprise est que les dommages écologiques ne sont plus seulement une atteinte à notre future qualité de vie, mais déjà une dégradation de notre rapport au divin.

Voltaire, tenant de la théorie d’un dieu horloger ayant abandonné sa création, mettait dans la bouche de Candide le fameux « Il faut cultiver notre jardin ».

Puisque la Providence nous a abandonnés, il nous appartient d’agir pour un meilleur lendemain.

Ce Midrach, lui, voit dans le rapport à la terre un approfondissement du lien à D.ieu, puisque nous pouvons percevoir dans la création le génie et la générosité divine.

Le texte nous interpelle et nous demande de « voir » : prendre le regard du biologiste pour retrouver le génie divin dans les séquences du génome ou dans la complexité d’une rétine neurosensorielle ; adopter le regard de l’artiste pour reconnaître la générosité et l’amour divins dans la beauté saisissante d’un paysage ou le goût savoureux d’un fruit.

C’est en examinant l’empreinte du sceau divin dans la création qu’on pourra se connecter à la grandeur du Créateur.

Le but de cette vision est justement de s’en inspirer pour devenir plus sage et plus généreux.

L’on pourrait penser, en première lecture, que la Torah nous recommande donc une attitude contemplative : surtout ne rien modifier à la création pour ne pas risquer de l’abîmer.

Cependant, la suite de la création de l’Homme donnera le ton à notre rapport au progrès :

« Remplissez la terre et conquérez-la, et vous dominerez [les autres créatures]. » (Béréchit 1).

L’homme est donc voué à conquérir et dominer le monde.

La découverte du feu poussera même l’idée encore plus loin. Si, dans la mythologie grecque, Prométhée vole le feu sacré de l’Olympe pour en faire cadeau aux humains, à l’inverse, dans le judaïsme, le feu est un cadeau de D.ieu lui-même à Adam.

À l’issue du premier Chabat, chassé du jardin d’Eden, Adam est terrifié par l’obscurité et les hurlements des bêtes sauvages. Hachem lui révélera le secret du feu en frappant deux silex, ouvrant par là la voie à la cuisson, puis à la métallurgie.

En fait, D.ieu donne ici sa bénédiction au travail sur la nature et à la technologie.

Idée frappante que nous retrouverons dans le dernier mot de la création : « Laassot » – pour faire -, invitant par là l’homme à compléter et parfaire la création.

Cependant, à l’autre bout du spectre, la Torah place aussi des limites à la possession humaine totale de la Terre : « Prends garde de ne pas détruire mon monde. »

La Chemita — l’année de jachère tous les sept ans — vient rappeler à l’homme : « Car la terre M’appartient ». (Vayikra 25, 23).

L’interdiction, bien connue dans les maisons juives, de « Bal Tachkhit » — le gaspillage — trouve sa source dans un verset du livre  Dévarim (20), proscrivant l’abattage d’arbres fruitiers même au plus fort d’un siège militaire.

En cas de besoin, on abattra d’abord les arbres stériles (Baba Kama 91). Selon le Rambam, la politique de la terre brûlée afin de briser le moral de l’assiégé n’est pas légitime.

Alors que des intérêts stratégiques sont en jeu, la Torah se soucie de la destruction de ce qui est bon, beau et utile.

Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas ici d’interdit de détruire ce qui dérange ou met en danger. Le problème est, selon Maïmonide (Rois 6, 8), le « Derekh Hachkhata » – la destruction gratuite .

Cet enseignement capital guide nos pensées jusqu’aux plaines désolées du désert d’Atacama au Chili, envahies par des décharges publiques grandissant à l’infini.

Si, à la fin du XXe siècle, les grands couturiers nous gratifiaient d’une collection d’été et d’une collection d’hiver, aujourd’hui les grandes maisons produisent plus de cinquante nouvelles collections par an.

Dans notre société d’extrême abondance, les excès de l’industrie textile et de la fast fashion se déversent à raison de 59 000 tonnes par an de vêtements souvent neufs ou à peine portés au port d’Iquique.

Parmi eux, 39 000 tonnes annuelles s’entassent dans ce désert d’Atacama en infectant l’air et les nappes phréatiques.

Jusqu’où vont l’utile et le nécessaire et où commence le Bal Tachkhit, le gaspillage, la production absolument superflue, fruit d’un système économique qui s’auto-entretient ?

L’amélioration de la qualité de l’air devra passer par l’amélioration de l’atmosphère globale, de la vox populi : passer d’une atmosphère d’ultra consommation à une consommation plus mesurée.

Au niveau individuel, lorsque le texte dit « Kedochim tihyou ki kadoch Ani » — Soyez saints car Je suis saint (Vayikra 19,2) —, Rabbi Moche ben Nahman dit Nahmanide y voit un appel à savoir se restreindre, se limiter aujourd’hui pour mieux profiter demain, condition nécessaire pour une connexion au divin.

La sainteté nous permet de ressembler au Créateur dont c’est l’un des attributs et s’acquiert par un processus d’autolimitation, parfois même dans ce qui nous est permis.[1]Voir commentaire du Ramban sur Vayikra 19,2 et Ramhal dans son Messilat Yecharim,Chapitre 26 : Définition de la Sainteté.

Il est évident que la protection de la planète passera par nos grands dirigeants qui doivent prendre de courageuses décisions. Par exemple, lors de la procédure de la Egla aroufa (Devarim 21) — la génisse à la nuque brisée —, ce sont les notables de la ville qui prennent sur eux la responsabilité des événements[2]Lorsqu’un événement aussi traumatisant qu’un meurtre inexpliqué remet en cause la qualité de la vie en société, on procède à une cérémonie où les dirigeants doivent déclarer leur … Continue reading. Des percées technologiques pourront aussi changer la donne.

L’essentiel du changement se devra d’être plus profond.

Il nécessite une réévaluation de nos priorités.

Les révolutions les plus importantes sont les plus silencieuses, celles qui se déroulent dans le cœur des hommes.

Sans basculer dans un totalitarisme écologique ou un retour au mode de vie archaïque , un nouveau mode de vie plus pondéré, plus centré sur « l’être » que sur « l’avoir toujours plus » devient inévitable.

Est-il vraiment indispensable d’entretenir une pelouse toujours verte, en plein été, à Dimona, au milieu du désert du Néguev ?

Est-il vital de changer de voiture ou de smartphone chaque année ?

Le défi de l’avenir de la planète est impressionnant, les seuls efforts des gouvernements et de quelques hommes de bonne volonté ne suffiront pas à le relever. Les énergies et la réflexion de tous sont nécessaires.

Les arbres les plus impressionnants à la surface du globe sont les séquoias géants que l’on peut trouver en Californie, sur la côte ouest des États-Unis.

Leur taille peut atteindre les 100 mètres de haut et leur espérance de vie dépasse les 3 000 ans.

Certains dressaient déjà leurs fières ramures à l’époque d’Abraham.

Nous nous serions attendus à voir leurs racines plonger à de lointaines profondeurs et pourtant, elles ne dépassent pas un tout petit mètre ! Comment un arbre si imposant résiste-t-il aux assauts du vent ?

La réponse est surprenante : les racines s’étendent très loin dans le sol et s’entrelacent avec les racines des séquoias voisins.

Si le vent peut abattre un arbre, même une tempête ne pourra arracher une forêt connectée en un tout[3]Idée particulièrement développée par le Rav Y. Y. Jacobson..

S’ils semblent différents en surface, les hommes sont en profondeur intimement connectés, car l’humanité trouve sa racine dans un homme unique, Adam, le premier homme.

C’est justement en connectant toutes les racines et en fusionnant toutes les forces vives que notre vraie puissance se dévoile, nous permettant de réussir l’impossible.

En se rappelant leur rôle, les hommes sauront collaborer pour remplir ensemble la mission qui leur a été donnée : « Vayaniheou began Eden Leovda oulechomra », (Berechit 2,15) — L’homme fut placé dans le jardin d’Eden pour travailler et garder la terre dont il a été tiré.

Références

Références
1Voir commentaire du Ramban sur Vayikra 19,2 et Ramhal dans son Messilat Yecharim,Chapitre 26 : Définition de la Sainteté.
2

Lorsqu’un événement aussi traumatisant qu’un meurtre inexpliqué remet en cause la qualité de la vie en société, on procède à une cérémonie où les dirigeants doivent déclarer leur innocence du crime.

Même si personne ne les soupçonne du crime, les dirigeants sont responsables du niveau de la qualité de vie et, par conséquent, doivent rendre compte du fait qu’un inconnu ait été abandonné à son triste sort.

C’est pourquoi, dans toute défaillance sociétale, on se tourne en premier lieu vers les dirigeants. Voir Binyan Av Drachot T3 317.

3Idée particulièrement développée par le Rav Y. Y. Jacobson.

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