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Pourim : une leçon d’économie et d’espoir

À l’époque du Temple, c’était au mois de Adar que les fonds nécessaires à l’achat des sacrifices étaient levés. Chacun contribuait à hauteur d’un demi-sicle, ce qui permettait d’offrir chaque jour un sacrifice au nom du peuple juif tout entier. Nous perpétuons cette tradition jusqu’à aujourd’hui.
Pourim : une leçon d'économie et d'espoir

À l’entrée de la fête de Pourim, nous avons coutume de donner le « Zéhèr lé Makhatsit HaChekel », l’équivalent d’un demi-sicle d’argent. Pourquoi ce don se fait-il à l’entrée de Pourim alors que nous pourrions le faire durant tout le mois ?

De plus, à l’époque du Temple, seuls les hommes de plus de 13 ans étaient concernés, alors qu’aujourd’hui, nous donnons pour tout un chacun, hommes, femmes et enfants !

La raison se cache dans un texte du Talmud Méguila 13b : « Il était su par Celui qui créa le monde par Sa parole qu’un jour viendrait où Haman donnerait 10 000 talents d’argent pour exterminer le peuple juif.

C’est pourquoi D.ieu fit précéder les sicles des enfants d’Israël à ceux de Haman, comme il est dit dans le traité de Chekalim : le 1er Adar, on proclame qu’il faut donner le Makhatsit HaChekel. »

Lorsque Haman vint convaincre Assuérus d’exterminer le peuple juif, celui-ci lui opposa, entre autres, un argument économique : les Juifs sont un des moteurs de l’économie de l’empire et une source non négligeable d’impôts.

Haman le rassura en lui versant la somme pharaonique de 10 000 talents d’argent, soit l’équivalent de 300 tonnes d’argent pur, équivalents aujourd’hui à près de 200 millions d’euros.

Pour l’époque, la somme est impressionnante : Hérodote témoigne que le budget annuel de Darius, empereur de Perse et de Médie, était de 14 560 talents d’argent.

Nous donnons donc le Makhatsit HaChekel juste avant la Méguila pour rappeler que Hachem, dans sa miséricorde, a fait précéder l’argent d’Israël à celui de Haman.

C’est merveilleux, certes, mais à y regarder de plus près, complètement incompréhensible. En effet, à l’époque de Assuérus, la construction du Temple était stoppée.

Il n’y avait pas de Temple, donc pas de sacrifices, donc, semble-t-il, pas de Makhatsit HaChekel !

De plus, il est quelque peu étrange que le Talmud nous parle de la promesse de dons du 1er Adar, alors qu’il aurait été beaucoup plus judicieux de nous parler des dons effectifs qui étaient effectués jusqu’au 1er Nissan, juste avant le décret de Haman, scellé et expédié le 13 Nissan.

Pour répondre à ces questions, nous devons plonger jusqu’au cœur même de l’histoire de Pourim.

En 3338 (-421), Nabuchodonosor détruit le Temple de Jérusalem et exile le peuple juif à Babylone. Pourtant, malgré leur victoire, semble-t-il, définitive, les empereurs babyloniens ne dorment pas tranquille.

Au-dessus de leur couronne plane, telle une épée de Damoclès, une prophétie de Jérémie qui annonce le retour des Juifs à Jérusalem « au bout de 70 ans pleinement révolus [1]Jérémie 29,10».

Balthasar, petit-fils de Nabuchodonosor, y verra une référence aux 70 ans écoulés depuis la montée de son grand-père sur le trône en 3318.

C’est pourquoi, en 3389, il célèbre l’événement dans un festin orgiaque mémorable où il se permet, pour la première fois, d’utiliser les vases sacrés du Temple pour ses beuveries.

Pourquoi pas ? La prophétie est caduque puisque Babylone a survécu à la date fatidique ! La sanction est immédiate : il meurt la nuit même, assassiné par Darius le Mède et Cyrus le Perse qui hériteront de son empire.

Cyrus ordonne la reconstruction de Jérusalem, mais, à sa mort, son successeur Assuérus interrompt les travaux et les interdit.

Il est poussé en cela par sa femme, Vachti, fille du défunt Balthasar[2]Esther Rabba 5,2, ainsi que par une lettre de dénonciation mensongère venant de Judée annonçant une rébellion juive[3]Bekhorot 5a.

Mais Assuérus, lui aussi, garde les yeux posés sur le calendrier et sur les jours qui s’égrènent.

Il est persuadé que si Balthasar s’est trompé lamentablement dans son interprétation de la prophétie, lui dispose de la clé du sens caché.

En 3394, se sont écoulés 70 ans depuis l’exil du roi de Judée, Joiaqin (Lekhonia). Il organise alors un festin ubuesque par sa durée et l’ampleur des richesses utilisées. Ivre de gloire et de soulagement, il fête l’échec de la prophétie de Jérémie.

Il est persuadé d’avoir vaincu le D.ieu d’Israël. Le peuple juif est jeté dans les oubliettes de l’histoire, et ce festin est en fait un enterrement de première classe réservé au projet divin et à son peuple qui ne se relèvera plus de sa déchéance.

C’est le festin qui ouvre la Méguila d’Esther.

Et sous nos yeux stupéfaits, les Juifs se pressent sous les ors du palais royal pour boire à l’enterrement de leur propre destin.

Ils s’associent à un festin où l’empereur les accueille, revêtu des habits du grand prêtre de Jérusalem, et s’enivre dans les vases sacrés du Temple qu’il profane.

Cet instant de désespérance, où le peuple juif renonce à sa mission, ouvre la porte à leur pire ennemi, Haman, qui décrète leur extermination.

Comment peut-on réparer le désespoir ? Par une mesure égale sinon supérieure d’espoir.

À cette époque, il n’y a pas de Temple car l’empereur a interdit sa reconstruction.

En l’absence de Temple, les Juifs sont dispensés du Makhatsit HaChekel.

Pourtant, pleins d’espoir, ils virent ce décret comme temporaire et continuèrent à verser leur contribution chaque année afin que l’argent pour les sacrifices soit prêt dès la reconstruction. Y a-t-il un plus bel acte de foi et de confiance dans la délivrance à venir ?

Nous devons donc mettre sur la balance, d’un côté, l’argent du désespoir, les 10 000 talents d’argent que Haman transfère dans les trésors royaux, et, de l’autre côté, l’argent de l’espoir, ce Makhatsit HaChekel, versé par un peuple qui attend sa délivrance.

Qui pèsera plus lourd et fera basculer la balance du destin ?

Combien d’argent les Juifs ont-ils donné pendant ces années d’attente ?

Faisons un rapide calcul :

Chaque année, le peuple juif tout entier donne 200 talents d’argent[4]Ezra 4. Mais pendant l’exil de Babylone, la monnaie utilisée était le Shekel Adrakonim dont la valeur était quadruple par rapport au Shekel classique[5]Traité de Chekalim 2;4, ainsi que le Rambam et le Raavad dans Hilkhot Chekalim 1. Donc, la somme annuelle est de 800 talents d’argent.

Les Juifs, pleins d’espoir, continuent à verser cette somme depuis l’avènement de Assuérus et le décret interdisant la construction du Temple jusqu’au décret de Haman, scellé à la douzième année du règne royal[6]Esther 3,7. Douze ans d’espoir où sont offerts douze fois 800, soit 9 600 talents d’argent.

Le 13 Adar de la 13e année est censé s’accomplir le décret funeste.

À cet instant, les 10 000 talents de Haman pèsent toujours plus lourd que les 9 600 talents des Juifs. Et c’est là que la miséricorde divine intervient : le 1er Adar, selon le Midrach, D.eiu nous dit : « Les sicles d’Israël ont précédé les sicles de Haman. »

Vous avez déjà montré votre intention de donner le Makhatsit HaChekel ; je considère que votre intention équivaut à une action. Haman est donc doublé sur le fil puisque Israël a atteint les 10 400 talents !!!

Au dernier instant, la balance bascule, faisant dominer l’espoir sur le désespoir et sauvant les Juifs d’une extermination impitoyable.

C’est la raison pour laquelle le Talmud ne cite pas comme raison du sauvetage le don effectif du 1er Nissan, mais plutôt le don potentiel du début Adar.

Car, au jour déterminant du 13 Adar, il n’y avait encore qu’une proclamation que Hachem a décidé de considérer comme un don effectif.

D’après cette brillante explication de Rav Yonathan Eibechitz, grand rabbin de Metz au XVIIIe siècle, le don du demi-sicle d’argent recèle un trésor inestimable : l’expression de l’espoir inaliénable d’Israël.

La prophétie de Jérémie s’accomplira bien : 70 ans exactement après la destruction du Premier Temple, Darius II, fils d’Esther, ordonne la reconstruction du Second Temple de Jérusalem en 3408.

On pourrait pousser cette idée un peu plus loin en rappelant que lors des recensements d’Israël, la Torah nous enjoint de compter la population par le biais de demi-sicles d’argent.

Le fait de compter par tête pourrait entraîner des dangers pour les personnes comptées. Nos Maîtres nous expliquent : en enfermant une personne dans un chiffre, on la cloître dans un système qui la limite, ce qui la met en danger.

La solution proposée est de donner un demi-sicle — Shekel, שקל —, dont la valeur numérique 430 équivaut à celle du mot « נפש » — « Néfech », « âme ».

La personne met ici le doigt sur le fait qu’il ne constitue qu’une demi-âme.

La moitié de notre âme habite notre corps, mais l’autre moitié s’élève jusqu’à sa racine dans les cieux, où toutes les âmes du peuple juif se fondent en une seule entité infinie appelée Knesset Israël — l’âme globale de l’assemblée d’Israël.

Lorsque l’on donne ce demi-sicle pour s’associer aux sacrifices du Temple, on exprime une vérité très profonde : la moitié la plus importante de moi-même est celle qui me relie à l’ensemble du peuple Juif.

Avec cette perception, plus rien ne peut porter atteinte au peuple juif qui touche ici à l’infini.

C’est ce que nous souhaitons à chacun de nous pour cette belle fête de Pourim qui nous attend.

NB : En pratique, la coutume est de donner, par personne, l’équivalent de 9 grammes d’argent pur, soit 26 shekels ou 5,60 euros au cours actuel de l’argent, à des personnes dans le besoin ou des institutions de Torah.

 

Références

Références
1Jérémie 29,10
2Esther Rabba 5,2
3Bekhorot 5a
4Ezra 4
5Traité de Chekalim 2;4, ainsi que le Rambam et le Raavad dans Hilkhot Chekalim 1
6Esther 3,7

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