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L’esclave devenu roi, réflexion sur la notion de leadership

La problématique des leaders est tellement d'actualité. Nous faisons face à des crises politiques dans de nombreux pays. Comment trouver une personne capable de mener un pays correctement. Qu'est ce qui définit le leadership et comment à travers la confrontation entre Yossef et son frère Yehouda nous pouvons sortir les qualités d'un vrai meneur selon l'enseignement de la Torah?
L’esclave devenu roi, réflexion sur la notion de leadership

Posséder du pouvoir nous élève indéniablement dans la hiérarchie parmi nos pairs, mais cela engendre également une tension vis-à-vis d’eux. Nos sages nous transmettent cette leçon profonde [1]Erouvin 13b : « Celui qui recherche les honneurs voit ces derniers le fuir, alors que celui qui les évite voit les honneurs le pourchasser » Une personne investie de pouvoir revendique des distinctions qui sont systématiquement remises en question par ses pairs. La légitimité de sa position est souvent mise à l’épreuve : est-il véritablement digne de cette position ?

Ce phénomène souligne combien le simple fait de détenir le pouvoir par une personne peut altérer l’appréciation que l’on se fait d’elle. Ce sujet est d’autant plus d’actualité en Israël — tout comme dans d’autres pays, dont la France —, où la société est divisée entre les partisans inconditionnels de la figure au pouvoir — Emmanuel Macron en France et Benjamin Netanyahu en Israël — et ses détracteurs qui réclament son départ imminent du gouvernement. Cela est lié à la politique, certes, mais pas uniquement. La problématique du leadership peut se retrouver en entreprise, dans le travail d’équipe, la gestion familiale, au sein d’un couple et même dans notre vie personnelle. Sommes-nous les dirigeants de notre propre vie ? À quoi reconnaît-on un bon leader ? C’est à travers l’enseignement d’un Midrash que nous vous proposons de réfléchir ensemble à la façon dont la Torah perçoit les qualités d’un leader.

Enseignement du Midrash

Le Midrash [2]Midrash Béréchit Rabah, chapitre 93 paragraphe 2 développe la scène de confrontation entre Yéhouda et son frère Yossef dans le livre de Béréchit. Cependant, avant de rapporter les paroles du Midrash, contextualisons cette confrontation.

Face à la famine qui sévit au Moyen-Orient, notre patriarche Yaakov envoie dix de ses enfants en mission [3]Béréchit Chapitre 42, les chargeant de se rendre de Canaan en Égypte pour y acheter des vivres. Bien des années auparavant, ces dix enfants avaient vendu leur frère Yossef comme esclave en Égypte afin de s’en débarrasser [4]Béréchit Chapitre 37. Ils ne pouvaient alors envisager que, pendant ce laps de temps, Yossef accéderait au poste de vice-roi d’Égypte, responsable de l’économie du pays.

Une fois arrivés en Égypte, Yossef les reconnaît, à la différence de ses dix frères[5]Béréchit Chapitre 42. Il commence alors à les manipuler, les présentant comme des espions et les mettant à l’épreuve pour prouver leur innocence en faisant descendre en Égypte le douzième fils de Yaakov, Benyamin. Ayant obtenu cette condition, Yossef décide de retenir Benyamin en esclave, l’accusant de lui avoir dérobé sa coupe précieuse[6]Béréchit Chapitre 43.

Pour Yéhouda, plus question de faire profil bas, c’est le piège de trop, il s’avance et s’oppose à Yossef[7]Béréchit Chapitre 43 verset 18.

Le Midrash utilise cet épisode pour illustrer un verset du livre des Psaumes : « Car voici, les rois s’étaient ligués, mais ensemble ils ont disparu. C’est qu’ils ont vu : aussitôt ils furent frappés de stupeur, l’épouvante les saisit ; éperdus, ils s’enfuirent.[8]Tehilim 48 ; 5-6 » Les rois évoqués dans ce verset représentent Yossef et Yéhouda, tandis que les personnes frappées de stupeur et d’épouvante sont les dix autres frères. En voyant s’affronter ces deux « rois », Yossef et Yéhouda, les dix autres frères ont été paralysés par la frayeur, comprenant qu’ils ne devaient pas intervenir dans ce combat, n’étant pas eux-mêmes des rois.

Ce Midrash est assez surprenant à bien des égards. Comment les fondateurs du peuple juif, des figures que nous analysons avec un profond respect en raison de leur niveau spirituel, de leur compréhension approfondie de la nature humaine et des valeurs du monde, ont-ils pu se laisser impressionner par une lutte de pouvoir entre Yossef et Yéhouda ? La Torah met habituellement plutôt en avant des qualités humaines, pourquoi se laisser impressionner par la souveraineté de Yossef et celle de Yéhouda ?

Notre perplexité augmente en observant la distinction opérée par le Midrash entre, d’une part, Yossef et Yéhouda et, d’autre part, les autres frères. Que confère aux deux premiers la qualité de roi plus qu’aux dix autres ? Certes, Yossef a des responsabilités en Égypte, mais cela ne le qualifie pas en tant que « roi ». Quant à Yéhouda, bien que sa descendance soit destinée à régner sur le peuple juif à travers le Roi David, cela n’est pas encore réalisé au moment de cet épisode. Comment interpréter l’enseignement de ce Midrash ?

Qu’est-ce qu’un souverain ?

« Leader », « dirigeant » sont des mots qui nous parlent davantage, la royauté n’étant plus tellement d’actualité. Mais penchons-nous sur cette notion de royauté dont parle le Midrash. Qu’imaginons-nous à l’évocation de cette qualité ? Bien évidemment, un roi, des sujets, un royaume, un souverain, un pouvoir — un souverain détenant un pouvoir absolu sur ses sujets. Toutefois, le Midrash, riche en enseignements et en perspectives, nous offre une vision alternative de la royauté, soulignant des dimensions plus subtiles et spirituelles.

Le livre de Michlé nous parle d’un roi que la terre ne saurait supporter : « Il est trois spectacles qui font frémir la terre et quatre qu’elle ne peut tolérer : le spectacle de l’esclave qui devient roi […][9]Michlé chapitre 30 versets 21-22 » De plus, cette position de pouvoir est soumise au fait qu’il y ait d’autres personnes sur qui l’exercer, sinon, il n’y aurait aucune hiérarchie. Enlevons les « sujets » à ce « roi » et il n’est plus rien[10]C’est la notion que l’on retrouve chez nos sages, אין מלך בלי עם — il n’y a pas de roi sans peuple.. C’est ce qui illustre le verset de Michlé, un esclave devenu roi. Un roi, esclave de ses sujets. 

 

Yossef et Yéhouda, des leaders dans l’âme

Avec Yossef et Yéhouda, nous allons avoir une autre forme de royauté.

Selon le Midrash, la véritable royauté ne réside pas simplement dans l’exercice du pouvoir terrestre, mais plutôt dans la capacité à gouverner son propre être intérieur. Il nous enseigne que le roi véritablement sage est celui qui maîtrise ses passions et agit avec justice et compassion. Cette vision transcende les frontières du règne physique pour embrasser une sphère plus profonde de responsabilité et de connexion spirituelle. C’est ce qui distingue Yossef et Yéhouda des autres enfants de Yaakov.

Ces deux frères se sont illustrés par rapport aux dix autres par des épisodes rapportés dans les versets. Yossef[11]Béréchit chapitre 39 n’ayant jamais failli malgré les terribles épreuves que lui faisait endurer la femme de son maître, Potiphar. Il a d’ailleurs gagné par cela le surnom de Yossef Hatsadik — le juste. Yéhouda[12]Béréchit chapitre 38, quant à lui, après s’être laissé tenter par la faute, l’a reconnu publiquement en assumant de perdre toute sa dignité et prendre le risque d’être banni des 12 tribus pour sauver Tamar qui était injustement accusée par sa faute.

La définition qui les qualifie en tant que rois ne repose pas sur un pouvoir en soi, mais plutôt sur la noblesse de leur âme. Ce sont des individus dignes d’être des exemples à suivre et des modèles pour le peuple juif.

Conclusion

Le Midrash nous convie à méditer sur la véritable nature du leadership, mettant en lumière que la grandeur d’un dirigeant ne se mesure pas uniquement à sa puissance politique, mais à sa capacité à incarner des valeurs nobles et à guider son peuple vers des horizons empreints de sagesse et de bonté. Pour être l’incarnation d’une telle figure, il ne suffit pas de posséder du charisme ou d’occuper une position de pouvoir élevée dans la hiérarchie sociale. Il est primordial de pouvoir régner sur sa propre personne, d’être maître de sa propre vie et de ne pas succomber aux impulsions des passions. La capacité à gouverner son propre monde intérieur devient ainsi essentielle. En agissant ainsi, nous devenons naturellement des modèles pour les autres, car ceux qui évitent délibérément les honneurs constatent que ces derniers les poursuivent inévitablement.

Références

Références
1Erouvin 13b
2Midrash Béréchit Rabah, chapitre 93 paragraphe 2
3, 5Béréchit Chapitre 42
4Béréchit Chapitre 37
6Béréchit Chapitre 43
7Béréchit Chapitre 43 verset 18
8Tehilim 48 ; 5-6
9Michlé chapitre 30 versets 21-22
10C’est la notion que l’on retrouve chez nos sages, אין מלך בלי עם — il n’y a pas de roi sans peuple.
11Béréchit chapitre 39
12Béréchit chapitre 38

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