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Le déclin des communautés juives d’Angleterre

Au nord de l’Angleterre, le nombre de synagogues en déshérence ne se compte plus. « L’industrialisation les a fait venir. La désindustrialisation les a fait partir » entend-on dans la bouche des voisins de ces synagogues, aujourd’hui revendues, reconverties ou bien laissées à l’abandon.
Le déclin des communautés juives d’Angleterre

Notre enquête a débuté à Manchester, la reine de l’industrie cotonnière au XIXe siècle. Dans cette ville d’un demi-million d’habitants, une synagogue — la dernière du centre-ville — est actuellement en cours de démolition. Les ouvriers sur place nous informent que le bâtiment, encore utilisé l’année dernière par la communauté juive réformée, avait été revendu à des promoteurs pour faire place à une tour de 41 étages et un hôtel cinq étoiles. Ainsi en va-t-il depuis plusieurs décennies des anciens bâtiments communautaires comme la magnifique synagogue de Fallowfield, dont l’architecture éclectique intrigue. Abandonnée en 2003, faute de fidèles et de moyens pour assurer son entretien, elle a été reconvertie en cité universitaire juive.

Ce n’est pas si mal, diront certains ; mais l’on préférera assurément la transformation de l’ancienne « synagogue espagnole et portugaise de Cheetham », devenue — après un siècle de prières séfarades en son sein — un musée juif.

L’ancienne synagogue espagnole et portugaise de Cheetham (1874), à Manchester, héberge un musée juif depuis 1984. © Emmanuel Attyasse

 

Inaugurée en 1874, la bâtisse de style néo-mauresque se démarque aujourd’hui nettement des constructions voisines, dans un quartier qui s’est beaucoup dégradé et surtout paupérisé. La présence de somptueux vitraux intérieurs renseigne pourtant sur la prospérité de ses anciens occupants, enrichis à la Belle Époque par le commerce du coton avec l’Empire britannique. Originaires de la péninsule Ibérique et d’Afrique du Nord, mais aussi d’Alep (Syrie) ou encore d’Aden (Yémen), les Juifs séfarades de Cheetham préférèrent, après-guerre, migrer vers le nord de la ville, rejoindre leurs semblables établis à Londres ou encore tenter le « rêve américain ». Plusieurs milliers d’objets conservés dans le musée juif — le seul en Angleterre en dehors de Londres ! — permettent aujourd’hui de retracer deux siècles et demi d’histoire locale. Parmi eux, une capsule témoin de 1873, découverte lors des travaux de réaménagement réalisés en 2020 dans l’ancienne synagogue.

À son apogée, dans les années 1900, Manchester était pourtant l’un des poumons du judaïsme britannique, avec pas moins de 70 synagogues pour 35 000 fidèles, pour la plupart originaires de l’ancienne Russie tsariste. Aujourd’hui, la majorité de la communauté mancunienne réside en périphérie, dans des villes des environs comme Salford et Prestwich, où des Juifs harédi ont restauré une vie de ghetto. Les commerces juifs s’y succèdent les uns derrières les autres : des épiceries cashères proposant jusqu’aux fruits et légumes, des boulangeries traditionnelles vendant toutes sortes de spécialités juives ashkénazes — bagels, strudels… — et des magasins de vêtements répondant aux attentes vestimentaires d’une communauté très conservatrice. Une vraie petite Jérusalem !

Poussant plus à l’ouest, nous arrivons à Liverpool, un port marchand à peine moins peuplé que Manchester et dont l’histoire est globalement similaire. Un essor prodigieux au XIXe siècle, puis une ville marquée par les bombardements en 1940 lors du Blitz, bientôt frappée par la désindustrialisation dans le courant des années 1970. Le développement industriel qui a un temps fait la renommée de la ville auprès des migrants ashkénazes originaires de l’empire russe se lit encore dans l’architecture soignée de sa principale synagogue « Princes Road ».

Arche sainte de la synagogue de “Princes Road” à Liverpool. © E. Attyasse

 

Également bâtie en 1874, elle reflète le statut des Juifs d’alors et leur rapide ascension sociale. Mais tandis qu’une dizaine de milliers de Juifs vivaient encore à Liverpool au lendemain de la guerre, leur nombre a chuté autour de 2 500 ces dernières années, nous précise notre guide juif local, signalant que « bon nombre d’entre eux ne vivent plus dans le secteur et [que] seule une trentaine d’hommes la fréquentent encore le shabbat ». Victime d’actes de malveillance répétés au cours des deux décennies passées, la bâtisse en brique rouge — dont les intérieurs ont été magnifiquement restaurés — jouxte des édifices de culte aujourd’hui à l’abandon, et subsiste malgré les affres du temps comme le témoin d’une époque où les différentes communautés religieuses vivaient en bonne intelligence.

Plus au nord, la situation semble plus critique encore. À Newcastle, les anciennes synagogues se trouvent en majorité dans le centre-ville, là où les Juifs polonais et russes s’étaient installés au XIXe siècle. Réchappées des bombardements allemands qui ont martyrisé cette grande cité industrielle du nord-est de l’Angleterre, les kéhiloth de Newcastle — qui ont jadis connu leur heure de gloire — n’ont malheureusement pas survécu à la désindustrialisation non plus. La « Leazes Park Road », avec sa splendide façade néo-gothique, accueille de nos jours un spa de luxe, tandis que, dans le district voisin, des appartements de standing ont été aménagés dans la synagogue de « Jesmond ». La dernière communauté présente dans la ville, elle, s’est établie dans les riches faubourgs du nord. D’obédience libérale, cette ultime congrégation a renoncé l’année dernière à sa synagogue, initialement construite pour 300 fidèles, au profit d’une salle de prière installée chez un des membres.

L’assimilation allant déjà bon train au XIXe siècle et considérant avec méfiance la congrégation de Newcastle, des Juifs originaires d’Europe de l’Est décidèrent de traverser la Tyne pour fonder une communauté conforme aux prescriptions des shtetls orthodoxes. La ville de Gateshead était destinée, sans le savoir, à devenir un symbole de l’éducation juive en Europe. Sarah Brand, l’une des filles du grand rabbin de Marseille, y a, à l’instar de ses autres sœurs, étudié pendant plusieurs années. Le temps passé au séminaire pour jeunes filles de Gateshead ne lui « rappelle que des bons souvenirs ».

Après la Shoah, « Gateshead » — marque quasi-déposée — est en effet devenue le plus grand complexe éducatif juif orthodoxe du monde, derrière Israël et les États-Unis. Outre le prestigieux Collège talmudique de Gateshead — ou Gateshead Yeshiva — fondé en 1929, d’autres établissements de renom y ont forgé la réputation de la ville, à commencer par le séminaire « Beis Medrash LeMorot » et son concurrent le « Beis Chaya Rochel », plus connus sous les noms d’« ancien » et « nouveau » séminaires. Mais ce qui marque le plus le visiteur sur place est la présence de mézouzot sur le linteau extérieur de chaque maison, ainsi que tous ces enfants qui jouent en toute confiance dans les rues, à quelques heures seulement de l’entrée du Chabbat. Si des caméras ne surveillaient pas le périmètre de façon étroite et visible, on pourrait penser que ce shtetl moderne échappe aux attaques antisémites, dont le nombre a pourtant explosé en Angleterre ces dernières années.

Des mézouzoth à chaque porte à Gateshead, au nord-est de l’Angleterre. © Emmanuel Attyasse

 

Poursuivant notre périple, nos pas nous conduisent bientôt à Leeds — la « capitale des lainages » —, où l’ancienne synagogue de « Chapeltown Road » semble préservée dans son écrin d’origine. La beauté extérieure de l’édifice, aux influences byzantines et égyptiennes, a de quoi surprendre dans un quartier aux allures populaires.

Hall de la synagogue “Chapeltown Road” (1932) à Leeds. La bâtisse accueille depuis les années 1980 une prestigieuse école de danse contemporaine. © Emmanuel Attyasse

 

En décembre 1942, le grand rabbin local y décréta une journée de jeûne en hommage aux victimes juives du nazisme, et c’est dans cette synagogue que pria probablement Michael Marks, l’un des industriels locaux parmi les plus célèbres du Royaume-Uni, dont la chaîne de magasins « Marks & Spencer » continue de faire la renommée des productions d’outre-Manche. Fermée en 1985, en raison du départ de ses membres pour des quartiers périphériques plus aérés, la synagogue accueille depuis une école de danse contemporaine réputée. À l’intérieur, tout ce qui n’a pas été emporté par les précédents propriétaires « a été conservé en l’état comme un bien précieux » nous affirme Mark Clough, le « Facility manager » de la structure. Enthousiaste de nous faire découvrir son lieu de travail, il nous présente tour à tour les vitraux frappés de l’étoile de David, l’ancien oculus au-dessus de l’Arche sainte — dont subsiste encore le chambranle —, le grand lustre central et les fauteuils en bois d’origine, et enfin, le clou de la visite… un ma’hzor de 1902 originaire de Pologne, découvert lors de travaux de réaménagement et précieusement conservé sous clé dans la bibliothèque de l’école !

Dernière étape de notre séjour, la ville de Sheffield, dont la population juive a explosé entre 1840 et 1900, passant d’une cinquantaine de membres à plus de huit cents, attirés par le boom de l’industrie sidérurgique. Parmi les Juifs yiddishophones qui s’installèrent dans la ville, un certain nombre réussirent dans l’horlogerie et la bijouterie. Si la principale synagogue, bâtie en centre-ville, fut détruite lors des bombardements qui ont ravagé Sheffield en 1940, celle de « Wilson Road » a miraculeusement été épargnée.

La synagogue de “Wilson Road” (1930) à Sheffield. Vendue en 1997, elle accueille depuis un quart de siècle une communauté évangélique. © Emmanuel Attyasse

 

Bâtie en 1930 en style néoclassique, elle pouvait accueillir mille fidèles les jours de fêtes. Fermée en 1997, elle héberge depuis un quart de siècle une communauté évangélique. Le doyen de la Christ Chruch, Chris Chart, qui nous fait la visite des lieux, nous explique que les espaces intérieurs n’ont été que peu modifiés — un baptistère a par exemple été creusé dans le sol de la grande salle de prière — pour préserver l’intégrité du lieu d’origine.

 

Épilogue

Sortir des sentiers battus ne manque ainsi pas d’intérêt en Angleterre. Des joyaux vous attendent aux quatre coins du pays, avec des communautés souvent sur le déclin mais qui ne manqueront pas de vous faire revivre, dans leurs écrins d’origine, les grandes heures du judaïsme britannique. 

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