Un lieu hautement symbolique
Dans la tradition juive, le mont des Oliviers a une place particulière. Tout le monde connaît l’histoire de Noé et de sa famille qui se sont réfugiés dans une arche. Une fois le déluge passé, Noé veut savoir si la terre est redevenue habitable. Il envoie un corbeau qui tourne autour de l’arche sans accomplir sa mission. Il envoie alors une colombe qui revient avec une branche d’olivier dans le bec. Preuve que la nature a repris le dessus. Selon les Sages, cette branche provenait d’un des nombreux arbres présents sur le mont des Oliviers.
La première mention dont il fait l’objet est lors de la rébellion d’Absalom (Samuel II 15, 30). Celui-ci est le fils du roi David. Il se met en tête de s’asseoir sur le trône à la place de son père. Et pour cela, il est prêt à l’assassiner. David est mis au courant du coup d’État qui est en train de se dérouler. Pour éviter les effusions de sang, il préfère prendre la fuite. Il fuit à pied pour aller se réfugier sur le mont des Oliviers. En effet, son nom vient du fait, qu’à cette époque, des oliveraies le recouvraient entièrement. C’est le lieu idéal pour prendre le maquis. Finalement, les longs cheveux d’Absalom s’entremêlent avec les branches d’un pistachier dans la forêt d’Ephraïm à l’est du mont des Oliviers. Suspendu entre ciel et terre, il est exécuté par Yoav, le chef d’État-Major du roi David.
Il est intéressant de remarquer qu’un autre fils de David, Adonias, essaya lui aussi de s’emparer du trône. David, vieillissant et souffrant, ordonna immédiatement d’oindre Salomon comme roi à la source du Gihon, entre la cité de David et le mont des Oliviers, afin d’assurer la continuité de sa royauté.
Par la suite, le mont des Oliviers est surtout utilisé comme lieu de sépulture juive depuis la période du Temple de Salomon jusqu’à l’ère moderne. Les raisons en sont multiples. Tout d’abord, les monts et les grottes sont généralement utilisés pour enterrer les morts à cette époque. En effet, les terres cultivables sont dédiées à l’agriculture et à l’élevage. D’autant plus que les morts étaient enterrés en dehors des villes, pour des raisons à la fois religieuses et sanitaires. Ce lieu est donc parfait puisqu’il est situé juste à l’extérieur de la cité de David et qu’il surplombe le mont du Temple. Enfin, selon la tradition juive, la résurrection des morts commencera à partir du mont des Oliviers. Ceux qui y sont enterrés seront donc les premiers à sortir de leur tombe.
Ainsi de nombreux croyants s’y sont rendus à toutes les périodes de l’Histoire pour y être enterrés, mais aussi pour y mourir.
Un témoignage de la présence juive presque continue
Par ailleurs, du temps du premier Temple, on y brûlait les vaches rousses, dont les cendres servaient à purifier ceux qui s’étaient rendus impurs au contact d’un cadavre. C’était également le lieu de sépulture des notables de Jérusalem.
Cette tradition d’y faire reposer les notables a perduré pendant la période du deuxième Temple. Une grande partie du peuple juif est encore en exil en Babylonie. Des feux gigantesques sont allumés à son sommet pour prévenir la diaspora de la sanctification du nouveau mois. La vue de celui-ci déclenche une chaîne de feux de sommets continue jusqu’à la lointaine Babylonie.
Même après l’exil romain, on trouve des traces d’une activité juive au mont des Oliviers. Ainsi du temps des Gueonim (dirigeants religieux de la première moitié du Moyen-Âge), on trouve la mention de Rav Haï Gaon qui pèlerine tous les ans à Jérusalem lors de la fête de Souccot depuis la Babylonie. Il y organise une procession de prêtres qui tournent sept fois autour du mont des Oliviers (Livre des Pieux 630). En effet, selon la tradition, la présence divine est passée du mont du Temple au mont des Oliviers après la destruction du second Temple (Midrach Eikha Rabba). C’est le même Rav Haï Gaon qui y a fait punir un meurtrier.
Cependant, ce n’est qu’à partir du XVe siècle que la tradition des enterrements juifs y a repris. Ce sont, d’ailleurs, la plupart des tombes que l’on peut identifier à l’œil nu, puisque moins anciennes.
Cette tradition s’est ensuite arrêtée temporairement à partir de la guerre d’Indépendance en 1948, du fait de la conquête par la Jordanie de la partie orientale de Jérusalem, dont la vieille ville, le mont du Temple et le mont des Oliviers. Les pierres tombales juives ont alors été utilisées dans les constructions jordaniennes. On trouve ainsi un camp de la légion jordanienne sur la route de Jéricho, construit en partie à partir de ces pierres tombales.
Ce n’est qu’après la guerre des Six Jours que le ministère des Cultes israéliens réhabilite le cimetière. De nombreuses personnalités de toutes époques y sont enterrées. Citons, entre autres, le prophète Zacharie, rabbi Ovadia Bartenoura (célèbre commentateur de la Michna) et, plus récemment, le premier grand rabbin ashkénaze en Terre d’Israël rav Abraham Isaac Kook ou l’ancien premier ministre israélien Menahem Begin.
Ce lieu presque magique fait le lien entre les différentes générations qui ont peuplé Jérusalem.
Nous l’avons compris, le mont des Oliviers n’est pas qu’un simple point culminant offrant une vue imprenable sur Jérusalem. Il est avant tout le point d’entrée dans l’Histoire. Celle de Jérusalem accompagnant la dynastie Davidique. Celle du peuple juif grâce à ses cimetières antiques et modernes. Et même celle de l’humanité toute entière à travers cette branche d’olivier apportée par la colombe à Noé, dont nous sommes tous les descendants.
Et son Histoire ne s’arrête pas là. Il s’agit bien plus d’une porte donnant sur le futur. On trouve ainsi un certain nombre de prophéties sur la fin des temps qui y font référence. Par exemple, le prophète Zacharie a la révélation d’un gigantesque tremblement de terre qui s’y produira lors de la Délivrance finale (Zacharie 14 1-5).







